10 octobre 2018

Restaurant Pêt Thai à Maastricht


Un restaurant thaïlandais (*), c'est relativement courant. Un établissement qui interdit le service à tout qui entrera porteur d'une cravate au cou, ça l'est déjà moins. Vacances pourries s'est rendu à Maastricht pour enquêter sur l'institution hors-norme qu'est Pêt Thai.

(*) Pet Thai, Boschstraat 93, 6211 Maastricht. Site internet ici : https://www.petthai.nl/


Pas de guindés pour une atmosphère décontractée

 
A deux pas de la place du marché de Maastricht, Pet Thai se cache derrière une vitrine relativement discrète, toutefois garnie d'un bouddha doré. La première chose qui frappe, c'est ce curieux signe interdisant le port de la cravate, accroché avec défiance sur la porte d'entrée du restaurant. L'intérieur coloré est décoré de différents souvenirs de la Thaïlande : drapeaux, vareuses de foot, objets divers. L'endroit, chaud et généreux, invite à la consommation.
Une fois attablé, le client aura vite fait de remarquer le set en papier qui résume la philosophie du lieu et met en avant ses spécialités. L'étrange interdiction du port de la cravate est rappelée, pour garantir une atmosphère familière. Jeune cadre dynamique, on ne peut pas dire qu'on ne t'aura pas prévenu.
 
L'ère de la prohibition de la cravate est arrivée !
 
 
Le menu fait la part belle aux spécialités d'Isaan, une région au nord du pays, mais offre aussi un aperçu assez large des nombreuses spécialités thaïlandaises. Les plats coutent entre €14 et €18, en fonction de la viande choisie.
 
Une invitation culinaire au voyage

Le choix le plus périlleux reste toutefois la quantité de piments qui agrémentera le met. Cinq niveaux sont offerts mais il convient de ne pas se laisser avoir, au risque de payer le prix fort. Les trois premiers degrés verront votre plat mijoter avec 1, 2 ou 3 piments. Jusqu'ici, tout va bien. Le quatrième niveau propose 7 piments et le cinquième pas moins de 15 ! Vacances pourries vous voit venir. Vous avez l'habitude de manger épicé ? Vos dernières vacances au Schézuan se sont passées à merveille ? Le vindaloo passe comme du petit lait ? Malheureux...
 
 

Sueurs et tremblements

 
En entrée les biscuits de poulet (Tod Man Gai), en fait des beignets agrémentés d'herbes et épices locales, attisent la curiosité. Pour les plats principaux, le choix se porte sur un curry rouge au boeuf (Paneng) avec un piment et un plat de poulet au basilic thaï et à la sauce aux huitres (Pad Bai Kra Pao) de force trois (*). Le tout est arrosé de bières locales, un choix logique pour agrémenter des plats épicés.

(*) L'air dubitatif du serveur aurait du nous mettre la puce à l'oreille. Il nous avait pourtant bien dit que c'était très piquant mais, coutumiers des avertissements infondés, nous n'avons pas choisi de l'écouter. Tel est pris...
 
Les biscuits de poulet arrivent prestement et force est de constater qu'ils sont moches. Les morceaux frits et brunâtres côtoient un bol de sweet chilli fait maison. Chez Pêt Thai, on refuse la culture de l'Instagram qui privilégie trop souvent l'esthétique sur le contenu. En bouche, le poulet s'avère pourtant onctueux, parfumé et délicat, une synthèse qui résume avec brio les saveurs de l'Asie du sud-est.
Cette charmante introduction est rapidement suivie par les plats principaux. Le curry rouge est nerveux et opulent ; le lait de coco et les herbes, un mariage harmonieux, ne demandant qu'à être bus à la cuillère. Une franche réussite donc, mais qui n'est pas sans éveiller des inquiétudes chez les rédacteurs de Vacances pourries. En effet, le plat est épicé, pas au point d'être insupportable, mais suffisamment pour regarder le Pad Bai Kra Pao de force trois avec angoisse.
 
Le curry rouge. Jusqu'ici, tout va bien
 
Ce dernier s'avère effectivement brutal. Pourtant habitués aux saveurs relevées, les rédacteurs suent, rougissent et pleurent tout en mangeant ce nerveux Pad Bai Kra Pao. Si ce plat n'est que de force trois, que peut réserver le cinquième niveau, exponentiellement plus épicé ? Quel être humain peut se vanter d'avoir affronté et vaincu un tel monstre ? L'authentique cuisine thaïlandaise est-elle réellement aussi piquante ? Tant de questions sans réponse.
 
Lave en fusion
 
Le plat est pourtant excellent. L'association des légumes, qui gardent une certain croquant, de la viande, des herbes et de la sauce aux huitres, semble évidente tant le mariage est parfait. Lors d'une prochaine visite, le Pad Bai Kra Pao sera encore commandé, mais avec moins de piments. 

 

 Verdict : Restaurant pourri ou pas ?

 
Vous l'aurez compris, Vacances pourrie s'est délecté chez Pêt Thai. Une atmosphère soignée, un service souriant, une nourriture savoureuse, un ulcère travaillé avec amour, le petit restaurant thaïlandais a mis les petits plats dans les grands. Aller chez Pêt Thai, c'est aussi une leçon d'humilité, un rappel que les saveurs étrangères s'apprivoisent et se méritent. Vouloir outrepasser ses limites dans ce petit établissement, c'est s'exposer à une mort douloureuse sur le trône. Pour les autres, cette destination n'est
pas pourrie

4 octobre 2018

Voir le Liechtenstein et mourir (de faim) 


Peu de gens peuvent se vanter d'avoir visité la petite principauté alémanique de 25 kilomètres de long coincée entre l'Autriche et la Suisse. Un simple tour sur internet nous apprend que le petit pays alpin n'a pas grand chose à offrir si ce n'est des banques et un faible taux de chômage. Il n'y a même aucune tentative des autorités pour encourager les visiteurs ou créer un office du tourisme (*) ; le Liechtenstein n'en devient dès lors que plus attrayant pour les pervers de l'insolite ou les rédacteurs de Vacances Pourries...

(*) Mauvaise fois évidente puisqu'il existe un office du tourisme à Vaduz, constamment fermé au demeurant. Par contre, pas de site internet en français à l'heure de la rédaction.

Un trajet interminable


Se rendre au Liechtenstein depuis la Belgique est une tâche ardue tant les connections ferroviaires sont compliquées. Le plus simple reste encore le recours à la voiture, la promesse de huit longues heures sur les autoroutes grises allemandes, talonné par les charmants autochtones avides de sensations. Le passage de la frontière autrichienne s'avère être un soulagement tant les paysages changent, le relief des Alpes venant briser la monotonie du béton et des industries. Après une autre heure de route, c'est la terre promise, l'eldorado principautaire, toutefois protégé par la douane suisse, avec laquelle le petit état a signé des accords. L'entrée se fait cependant sans accro, sans même un contrôle des documents d'identité.

Un saut vers l'inconnu : la frontière entre l'Autriche et le Liechtenstein


Une guerre entre nature et architecture


La première impression, qui ne fera que se confirmer, est celle d'un contraste constant entre la nature majestueuse qui entoure la principauté et l'architecture, passablement laide, qui ponctue le Liechtenstein. Ici, point de petit chalet ou de maison typique. Le pays est résolument tourné vers une modernité triste qui semble défier les majestueux pics alpins. Les banques succèdent aux administrations, les musées ternes aux habitations dépourvues de personnalité. La capitale Vaduz n'est pas beaucoup plus réjouissante ; en dépit d'un château tout à fait charmant, le centre manque d'âme. Où sont les 5,000 habitants de Vaduz ? Pas en ville en tout cas. Les rues sont vides un samedi après-midi, à l'exception de quelques touristes asiatiques venus se réfugier dans un magasin de souvenirs made in China. Que font ils ici ? Que sommes-nous venus faire dans cette galère ? Mystère.

L'artère principale de Vaduz un samedi soir.

Trouver à manger sans débourser des sommes folles relève de l'impossible. Les prix qu'affichent les rares restaurants ne reflètent en rien la qualité des mets proposés. Ainsi, une simple escalope panée vous coutera €38 ! Une première tentative au Subway de Vaduz, un solution de désespoir pour des amateurs de gastronomie et de nourriture locale, est rapidement avortée ; le sandwich au jambon à €15 s'apparente à du grand banditisme, même pour des estomacs tourmentés. Après une errance d'une heure dans la capitale déserte, téléphone portable à la main (*), la solution viendra finalement d'une visite dans une célèbre chaine de hamburgers de l'autre côté de la frontière helvète. On ne vient pas dans cette région pour bien manger, qu'on se le dise.

(*) Notons au passage que le roaming est toujours d'application en Suisse. Le Liechtenstein, ayant signé des accords avec l'EU, est épargné mais le pays est tellement petit que nos téléphones se sont accrochés au réseau suisse. Aller au Liechtenstein, ça se mérite et ça se paye.

L'appel de la montagne


La Suisse, pourtant chère, devient notre point de chute une fois la nuit tombée. Un chalet surplombant comfortablement la vallée nous offre des vues saisissantes du Liechtenstein, un spectacle dont on profite au mieux en matinée, une fois que le soleil s'est levé et colore généreusement les flancs des montagnes de reflets ambrés.

Vue majestueuse du Liechtenstein depuis la Suisse.

Les vaches de l'étable voisine, non contentes d'être nos premières interlocutrices du coin, nous offrent le lait frais pour le café. Revigorés par la majesté des pics enneigés, confiants dans l'espoir de trouver quelque chose d'intéressant au Liechtenstein, notre groupe improvise une visite des montagnes à proximité du village de Malbun. Le pays offre de nombreuses possibilités de balade ainsi que des pistes de ski. Dévaler les pentes, tout comme avoir l'ambition de manger au Liechtenstein, est néanmoins réservé aux plus privilégiés. Il faut toutefois souligner la beauté du lieu ; fouler la neige des Alpes, même au Liechtenstein, est une communion réussie avec la majesté de la nature.


Des paysages revigorants

Verdict : vacances pourries ou pas?

Le Liechtenstein reste un mystère pour le plus grand nombre. Ce micro-état n'a ni le prestige de Monaco, ni l'attraction culturelle du Vatican. Son plus grand intérêt touristique reste encore le fait de pouvoir se vanter d'être allé dans la principauté auprès de son entourage, ce qui ne manquera pas d'attirer des regards obliques navrés ou un silence gêné teinté d'incompréhension. Il faut bien le reconnaître, la nourriture n'est ni intéressante ni abordable, les habitants sont invisibles, l'aspect culturel est très faible. Certes, Jean Ferrat aurait pu s'extasier sur la beauté de la montagne, mais l'ancien paradis fiscal ne peut rivaliser avec ses puissants voisins. La réputation inexistante du pays est donc tout à fait justifiée. Aller au Liechtenstein, c'est s'assurer des vacances


Restaurant Pêt Thai à Maastricht

Un restaurant thaïlandais (*), c'est relativement courant. Un établissement qui interdit le service à tout qui entrera porteur d...